AdLib Music Synthesizer Card

Au commencement :

La société Ad Lib, Inc. fut fondée par un professeur de musique à l’université de Quebec, Mr Martin Prevel. Ce dernier eu beaucoup de mal à convaincre la communauté PC & Compatible à utiliser son produit – l’AdLib Music Synthesizer Card (ALMSC) ou tout simplement l’AdLib – à cause de son manque d’expérience dans l’industrie informatique. Malgré tout, il continua de se rendre dans les salons informatiques afin d’y présenter sa carte son, ainsi qu’une ribambelle de logiciels développés pour l’utiliser pleinement et s’amuser. La plupart des agents de presse spécialisées et autres commerciaux, plutôt que de ramener le produit dans leur entreprise, se contentaient de la garder pour une utilisation personnelle ou pire, ne prenaient même pas le temps d’y jeter un œil, n’y voyant aucun potentiel commercial.

Le début d’une industrie :

En 1987, Martin Prevel rencontra la société Top Star Computer Services (TSCS), une société de services qui comptait parmi ses membres un large éventail de développeur de jeux. Rich Heimlich, le président de TSCS, après quelques négociations, allait se charger du dialogue avec les constructeurs, suite à une démonstration réussie de la carte son. Peu après, quelques programmeurs commencèrent à inclure le support de la carte dans leurs applications. King Quest IV de Sierra On-Line fût le 1er jeu supportant l’AdLib. La popularité du jeu aidant, elle fût propulsée sur le devant de la scène du jeu sur PC. Peu après, la majorité des développeurs de jeux ajoutèrent à leur logiciels le support de l’AdLib.

L’AdLib Music Synthesizer Card utilise la puce YM3812 de Yamaha, qui produit du son grâce à la synthèse FM. Avec cette carte son, les applications PC pouvaient générer des sons polyphoniques et des effets spéciaux. Evidemment, la qualité acoustique était très synthétique.

La lecture de sons digitalisés (PCM) n’était pas possible matériellement mais uniquement via une technique logicielle (variations successives  de volume suivant une fréquence audio). Cette technique est utilisée dans le jeu de MicroProse : F-15 Strike Eagle II ainsi que dans le logiciel de création musicale Sound Club pour MS-DOS.

Henri Chalifour est sans conteste le sound-designer le plus prolifique pour l’AdLib. Il est à l’origine de toutes les démos sonores fournies avec la carte. Il a aussi composé la musique servant la publicité de cette dernière (Oui il y a bien une licorne dans cette publicité oO).

Il existe 2 versions de la MSC :  la 1ère version, celle de 1987, proposait une sortie mono via une prise jack 6.35mm. Sur la seconde version, celle de 1990, cette sortie est remplacée par une prise mini-jack (3.5mm). Ce type de sortie deviendra le standard pour les générations suivantes.

Par ailleurs, une version MicroChannel (évolution du port ISA par IBM) est apparemment sortie aussi. Elle proposait une molette de volume, le potentiomètre original étant trop épais pour être intégré.

La guerre des clones :

Du fait que l’AdLib était très simple coté fabrication, elle fut facilement copiable par d’autres constructeurs. Rainbow Arts, société de développement de jeux fondée en 1984 (racheté par Funsoft puis absorbée par THQ en 1999), fabriqua sa propre carte AdLib. On la trouve souvent sous la dénomination Soundman.

Software World, une société taïwanaise va encore plus loin en inscrivant AD sur ses clones, et pire, indique que la carte est stéréo… ce qui est évidemment faux.

La naissance de la Sound Blaster :

En 1989, Creative Labs sort sa Killer Card, la Sound Blaster. Cette dernière était 100% compatible avec l’AdLib (même puce FM), pouvait lire et enregistrer des sons digitalisés via un canal PCM, et proposait un port jeu pour brancher un joystick. Avec toutes ces « features » en plus, la Sound Blaster allait prendre la place de l’AdLib au sein du marché informatique. Il est important de rappeler qu’à l’époque, une simple carte contrôleur incluant un port jeu coûtait dans les 350F , l’AdLib quant à elle était vendue aux alentours des 1500F, soit un total d’environ 1850F. En comparaison, la Sound Blaster était vendue en France aux alentours de 1600F. Pour 200F de moins, on avait une carte tout en un, et un slot d’extension libéré.

La chute d’AdLib :

Comme on l’a vu précédemment, la politique commerciale de Creative Labs étant plus alléchante, et Ad Lib, Inc. ne parvenant pas à proposer la même chose pour moins cher, la société ferma ses portes en 1992. La même année, un conglomérat allemand, Binnenalster GmbH, racheta les droits d’Ad Lib, Inc. auprès du gouvernement canadien. La compagnie fut renommée AdLib Multimedia et lança l’AdLib Gold et d’autres produits pour contrer Creative Labs. Malheureusement, cela n’a pas suffi. AdLib Multimedia fut revendue à une société taïwanaise (Softworld Taiwan) en 1994.